Alors que les autorités visent une production céréalière record de près de 12 millions de tonnes pour la saison 2026-2027, la réalité du terrain semble bien éloignée des ambitions affichées. Une récente tournée gouvernementale dans le bassin cotonnier du sud, plus précisément dans la région de Dioïla, a révélé un phénomène alarmant : face à l’arrivée tardive et à la quantité insuffisante d’intrants, les cultivateurs ont dû opérer un changement de stratégie sur 12 123 hectares. Cette reconversion des terres, constatée à Fana par les services locaux de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT), illustre l’impact direct de la crise logistique qui secoue le secteur.
L’approvisionnement en urée, en NPK et en phosphate diammonique (DAP) reste le talon d’Achille de cette campagne. Selon les relevés du Système mondial d’information et d’alerte rapide de la FAO, les stocks disponibles en août ne satisfaisaient qu’à hauteur de 22 % la demande intérieure, une situation qui a déjà provoqué une flambée des prix sur les marchés locaux depuis le début de l’année. Cette tension s’ajoute à des aléas climatiques, avec des précipitations mal réparties ayant contraint les paysans à réaliser de nombreux resemis dans les zones centrales et méridionales, compromettant ainsi le rendement potentiel de plusieurs cultures vivrières.
Par ailleurs, l’insécurité persistante dans le centre et le nord du pays complique dangereusement l’acheminement des marchandises et limite l’accès aux champs, accentuant la précarité des producteurs qui peinent déjà à joindre les deux bouts. Pour tenter d’atténuer la crise, Bamako a récemment réceptionné un don marocain de 1 000 tonnes d’engrais, spécifiquement destiné aux périmètres rizicoles stratégiques de l’Office du Niger. Bien que le gouvernement ait débloqué une enveloppe substantielle de 164 milliards de francs CFA pour soutenir la filière et relancer la production cotonnière (avec un objectif de hausse de 38 %), les défis restent immenses. La précarité persiste, et l’on estime que près de 1,56 million de personnes souffrent déjà d’insécurité alimentaire aiguë, une situation qui risque de s’aggraver si les intrants ne parviennent pas rapidement aux exploitants les plus vulnérables.
