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Gaming : L’Afrique joue sa partie

Le gaming s’impose progressivement comme l’un des secteurs les plus dynamiques de l’économie numérique mondiale, porté par la généralisation du smartphone, l’expansion de l’internet mobile et une population africaine très jeune. Longtemps marginalisé dans les stratégies industrielles du continent, il attire désormais investisseurs, États et studios internationaux. Entre consommation massive de jeux, émergence de studios locaux et développement de l’e-sport, l’Afrique tente de se positionner dans une industrie mondiale dominée par l’Asie, l’Amérique du Nord et l’Europe.

Du 20 au 24 mai 2026, la 3ᵉ édition du Morocco Gaming Expo s’est tenue à Rabat, au Sofitel Jardin des Roses, sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI. L’événement a réuni acteurs publics, studios, éditeurs, investisseurs et opérateurs télécoms autour d’un objectif commun : structurer un écosystème du jeu vidéo au Maroc et accélérer son intégration dans les chaînes de valeur mondiales du gaming. Derrière les démonstrations technologiques et compétitions e-sport, l’enjeu est désormais clairement économique : positionner le Maroc comme hub régional et, plus largement, inscrire l’Afrique dans la cartographie mondiale du jeu vidéo.

Au-delà de l’événement, le secteur connaît une mutation rapide à l’échelle du continent. Le jeu vidéo n’est plus uniquement un produit culturel importé, mais un marché en construction porté par des usages massifs. Selon les données de Newzoo, l’industrie mondiale du gaming dépasse les 180 milliards de dollars de revenus annuels, ce qui en fait l’un des plus grands segments du divertissement numérique, devant le cinéma et la musique réunis. Cette dynamique globale crée un effet d’entraînement sur les marchés émergents, dont l’Afrique.

Marché africain du jeu vidéo : environ 1,8 milliard $

Sur le continent, la croissance est tirée presque exclusivement par le mobile gaming. Une étude de Carry1st indique que le marché africain du jeu vidéo est estimé à environ 1,8 milliard de dollars, avec une forte croissance annuelle, et que plus de 90 % des revenus proviennent du mobile. Cette particularité structurelle s’explique par la faible pénétration des consoles et PC haut de gamme, mais aussi par l’accessibilité croissante des smartphones.

Le facteur démographique est central. Selon les Nations unies, l’Afrique est le continent le plus jeune du monde, avec une majorité de population âgée de moins de 25 ans. Cette jeunesse constitue le cœur de la consommation numérique. Le gaming s’intègre ainsi dans des usages quotidiens déjà dominés par le mobile, les réseaux sociaux et les plateformes vidéo.

Le Maroc, l’Égypte, le Nigeria, le Kenya et l’Afrique du Sud

Dans plusieurs pays, une structuration progressive de l’écosystème est en cours. Le Maroc, l’Égypte, le Nigeria, le Kenya et l’Afrique du Sud concentrent l’essentiel des studios et initiatives. Ces marchés commencent à produire leurs propres contenus, même si la majorité des jeux consommés restent développés hors du continent. L’enjeu principal reste la création de propriété intellectuelle locale et la montée en compétence technique.

Le passage d’un marché de consommation à un marché de production, le principal défi

Le passage d’un marché de consommation à un marché de production reste toutefois le principal défi stratégique. Tant que la majorité des contenus consommés seront importés, la captation de valeur restera limitée. Les États qui investissent dans les infrastructures, la formation et les politiques industrielles auront un avantage compétitif.

Le Morocco Gaming Expo 2026 illustre ainsi une tendance plus large : le gaming africain entre dans une phase de structuration. Mais cette structuration reste inégale, fragile et dépendante des investissements à long terme.

Le continent ne joue plus seulement à des jeux venus d’ailleurs. Il commence à jouer sa propre partie.